Mobilier, Objets d’art, Tableaux anciens

29/03/2019

Hôtel Drouot salle 5

jeudi 28 mars de 11h à 21h et le matin de la vente de 11h à 12h

Vente en préparation

 

 

 

 

Martin DRÖLLING

(Oberhergheim, 1752 – Paris, 1817)

Jeune fille écoutant à la porte

Panneau d’acajou

53,5 x 45,5 cm

Signé et daté en bas à droite : Drolling p 1804

 

On y joint un dessin préparatoire pour le petit chien, à l’encre brune (13,5 x 11 cm)

 

Provenance :

Collection Lenglart de Lille ;

Resté dans la famille par descendance.

 

La collection Lenglart fut constituée dès 1760 par Charles Lenglart (1740-1816), banquier et négociant en dentelles de Lille. Celle-ci se composait essentiellement de tableaux des écoles flamande et hollandaise. Mécène de Watteau de Lille, il a soutenu de nombreux peintres régionaux. A sa mort en 1816, sa collection fut dispersée entre ses fils Jules (1824-1901) et Auguste (1826-1907). La collection Lenglart a fait l’objet de ventes en 1902 et 1909, où ne figure pas ce panneau.

 

Exposition :

Probablement le tableau exposé au Salon de 1804, sous le n°134, L’écouteuse aux portes.

 

Après un bref passage à l’école de l’Académie des Beaux-arts à Paris, Drölling se forme en copiant les peintures nordiques. En contrat avec un marchand qui lui achète trente sous chaque tableau à ses débuts, il rencontre rapidement un grand succès grâce à ses scènes de genre intimistes. Il expose aux salons libres de nombreuses œuvres, dont sont tirées des gravures. De 1802 à 1813, il travaille également pour la manufacture de Sèvres. Il a été démontré à de nombreuses reprises qu’il existait à Paris autour de 1800 un grand intérêt pour les tableaux des « fijnschilders », les peintres de la manière fine leydoise. Dou, Ter Borch, Mieris sont alors appréciés comme des virtuoses du réalisme : les membres de la famille Bonaparte et les amateurs les collectionnent ; La femme hydropique de Dou entre au Louvre an 1798. Drölling, comme Boilly, s’inscrit dans cet engouement et grâce au soin porté aux détails, il fait entrer le spectateur dans le quotidien des classes populaires ou bourgeoises.

 

Le sujet d’une servante indiscrète écoutant aux portes existe dans la peinture hollandaise du XVIIème siècle, notamment chez Nicolas Maes (1655, Londres, Guidhall Art Gallery ; Londres, Aspley House), ou encore chez Michel Garnier (1789, collection particulière). Dans ces compositions, la porte est entrouverte de biais, l’espace est divisé en deux et on voit au loin, dans la perspective, un couple enlacé en train de converser. Drölling, replace ce thème dans le contexte d’un intérieur parisien de son époque, et fait du motif de la porte fermée un écran frontal impénétrable. La scène se déroule uniquement entre la jolie espionne et le spectateur. On admirera la posture de la jeune femme, tendant l’oreille, la pose arrêtée, les doigts sur sa bouche pour nous signifier de ne pas faire de bruit et nous rendre complice de sa hardiesse.

Drölling est ici proche de Boilly dans la description d’un intérieur bourgeois et la précision du costume. Notre tableau possède encore un peu de la sensualité du XVIIIème siècle français : l’élégante robe à manche courte en soie, avec une pointe en mousseline croisée, laisse entrevoir un sein, alors que traîne au sol son châle en cachemire à réserve rouge. On retrouvera le même raffinement pictural et la même précision dans la petite nature morte, à droite, posée sur un guéridon à piétement tripode. On y voit une boîte de nécessaire à couture ouverte, une pelote rouge, des ciseaux et un étui à aiguille en métal doré, ainsi que leurs reflets sur le plateau. Derrière, une chaise Directoire avec son dossier est caractéristique de ce style.

Ce tableau sera inclus au catalogue raisonné de l’œuvre de Drölling actuellement en préparation par Monsieur Didier Segon qui, après examen, a bien voulu nous confirmer son caractère autographe.

 

Estimation : 80 000 / 100 000 €

 

 

 

Martin DRÖLLING

(Oberhergheim, 1752 – Paris, 1817)

Une femme surprise

Panneau de chêne, (traces de renforts) renforcé

54 x 45 cm

Signé au dos du tableau posé sur le fauteuil : Drolling. p. / 1808

Au revers du panneau, une étiquette au dos : N°43 Drolling / une femme surprise par son mari

 

On y joint un dessin préparatoire à la plume et à l’aquarelle (13 x 11 cm)

 

Provenance :

Collection Lenglart de Lille ;

Resté dans la famille par descendance.

La collection Lenglart fut constituée dès 1760 par Charles Lenglart (1740-1816), banquier et négociant en dentelles de Lille. Celle-ci se composait essentiellement de tableaux des écoles flamande et hollandaise. Mécène de Watteau de Lille, il a soutenu de nombreux peintres régionaux. A sa mort en 1816, sa collection fut dispersée entre ses fils Jules (1824-1901) et Auguste (1826-1907). La collection Lenglart a fait l’objet de ventes en 1902 et 1909, où ne figure pas ce panneau.

 

Il est probable que l’acheteur du tableau précédent, la Jeune fille écoutant à la porte, au Salon de 1804, ait commandé directement à Drölling un pendant, quatre ans plus tard, obligeant l’artiste à inventer un arc narratif pour la paire. A la devinette « qu’entend-t-elle ? » se substitue la question « que voit-elle ? ». Une femme et son petit chien sont entrés dans la pièce dont la porte était close, porte que l’on reconnait à ses mêmes moulures. Elle découvre avec surprise un tableau encadré posé sur une chaise. Il semblerait presque qu’elle est devant une glace, mais le revers indique bien qu’il s’agit d’un panneau biseauté. Un jeune homme appelle des invités dans l’entrebâillement (c’est d’ailleurs cette figure qui change dans le dessin préparatoire, où l’on voit bien arriver un troisième personnage). De nos jours, il nous paraît logique de penser qu’elle reçoit en cadeau son portrait de la part de son fiancé ou de son mari, qu’il aurait demandé en secret à un peintre.

 

Ou peut-être est-ce l’inverse? Ce serait le galant qui lui offre son propre portrait : le présent de son image à son amoureux ou à sa bien-aimée était une convention sociale dans la société bourgeoise du XVIIIème siècle et du début du XIXème siècle (on échangeait alors souvent des miniatures, mais parfois aussi des toiles). Cette thématique d’une dame montrant son portrait se retrouve dans les tableaux de Boilly ; celui au musée de Dallas, The Michael L. Rosenberg Collection, ou dans la paire de la Wallace Collection à Londres, La visite rendue et Les malheurs de l’amour (1790). Dans le premier, la fiancée cède son portrait à son amant ; dans le second, la fin de liaison est annoncée par des serviteurs ramenant le tableau au modèle.

La thématique de la séduction est affirmée par la gravure d’après Titien, au mur, représentant Vénus et Cupidon (dieu de l’Amour) et par la présence sur le guéridon d’une carafe avec des roses, symbole de la passion, et des bleuets, traditionnellement associés à une déclaration d’amour et à la pureté de ses intentions.

 

Ce tableau sera inclus au catalogue raisonné de l’œuvre de Drölling actuellement en préparation par Monsieur Didier Segon qui, après examen, a bien voulu nous confirmer son caractère autographe.

 

Estimation : 40 000 / 60 000 €