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Lot 19

Vendu : 2 500 €

Tapestry work, england end of the XVIcentury/Tapisserie au point, Angleterre, fin XVIe s

Catégorie : tissu

Tapisserie au point, Angleterre, fin XVIe s.
Deux grands fragments, broderie au petit point majoritairement
incliné à droite, soie et laine, sur canevas de lin ; travail exécuté
probablement par des dames de la société.
75 x 49 et 57 x 70 m
Homme et femme en costume de cour, assis dans un paysage au milieu
d_arbres et parmi des animaux. La femme est vêtue d_une robe ouverte
bleue portée sur un vertugadin, les manches bouffantes et un grand
col dit _en éventail_ en dentelle réticella ; elle tient une
quenouille (?). L_homme à la barbe taillée en pointe, assis, les
jambes croisées, joue de la cornemuse ; il porte un haut de chausse
et une cape courte bleue. Ces costumes sont ceux de l_Angleterre
élisabéthaine, très proches d_ailleurs de la mode française sous
Henri III.
Le décor végétal et animalier de facture naïve est plus
caractéristique d_une facture britannique. Chaque person-nage est
encadré de deux arbres, sans souci d_échelle, l_homme entre un
pommier et un poirier, la femme entre un poirier et un arbre à
fleurs ; les fruits et les fleurs sont surdimentionnés comme les
touffes fleuries qui tapissent la prairie. Cerf, moutons, petit chien
qui fait le beau animent ces espaces comme sur les tapisseries
millefleurs de l_époque gothique.
Une pente du musée national de la Renaissance d_Ecouen présente un
décor végétal comparable (inv. E.Cl.10895).
Nos deux pièces ont été découpées pour la garniture d_un fauteuil, le
motif de la femme sur un haut dossier, 75 x 49 cm, celui de l_homme
en housse de coussin à plate-bande pour l_assise, 57 x 70 cm, avec
une plate-bande et deux manchettes.
Malgré cette mutilation, l_usage pour siège et plus de quatre siècles
d_existence, l_état de conservation de ces textiles fragiles est
superbe : aucune usure, lacune, insolation, tache ou dégradation des
soies et des laines par des insectes ; les teintures naturelles des
fibres et une conservation dans un milieu sain leur ayant épargné ce
risque. Tout juste peut-on signaler l_assise plus empoussiérée que le
dossier ; une micro aspiration, voire un lavage, devrait pouvoir
raviver les couleurs.
Bien entendu ces deux importants fragments provenaient de la même
pièce et n_étaient pas destinés à une garniture de siège, plus rare à
cette époque que postérieurement. L_usage le plus fréquent était les
pentes de lit, souvent rythmées en compartiments ou comme ici par des
arbres séparant chaque personnage ; mais ces longues bandes
rectilignes horizontales qui faisaient le tour du lit sur le
baldaquin étaient plus étroites. Toutes les pentes du musée d_Ecouen
répertoriées par Marie-Anne Privat-Savigny mesurent entre 40 à 50 cm
en hauteur, la plus haute faisant 56 cm ; or _la nôtre_ mesure plus
de 75 cm, la hauteur du panneau de la femme qui n_est pas forcément
tout à fait complète (hauteur des personnages assis : 26 et 36 cm).
Trop hautes également pour constituer une housse de coussin de
banquette, nos pièces pourraient provenir, soit de la bordure d_un
tapis de table, soit d_un grand panneau de tenture qui sont de la
plus grande rareté.
Bibliographie : Marie-Anne Privat-Savigny, Quand les princesses
d_Europe brodaient, Broderie au petit point 1570-1610, Les Cahiers du
Musée national de la Renaissance, n°2, 2003. Etude qui fait le point
sur le sujet.