Lots

Lot 24

Estimation : 3 000-4 000

SUIVEUR DU MAÎTRE DE SAN SEVERINO AL NORICO (Actif à Naples ou à Valence vers 1475)

Catégorie : Tableau Ancien

SUIVEUR DU MAÎTRE DE SAN SEVERINO AL NORICO (Actif à Naples ou à Valence vers 1475)
Saint Pierre en pape
Panneau
126 x 73,5 cm
Manques et restaurations anciennes

Fente visible au panneau constitué de trois planches assemblées à joints vifs et renforcées au revers par trois traverses en bois modernes, placées à contre fil ; peut-être panneau central de retable, mais aucune trace d’assemblage n’est visible actuellement. Surface picturale : usures et soulèvements visibles, importants repeints principalement dans la chape du saint.
Sur le fond d’or guilloché de multiples motifs géométriques, le saint se présente assis sur un trône en bois reposant sur un sol carrelé ; les bras et les montants du dossier accueillent, à l’image d’un échafaudage, dix logettes en gradins superposés formant autant d’étagères maintenues par de fines colonnettes. Une tenture imitant le tissu damassé orne la partie centrale du dossier entre les montants latéraux. A l’intérieur de chacune de ces logettes prend place un saint. Dans les quatre premières étagères de l’avant plan formant les bras proéminents du trône, sont placés les quatre évangélistes accompagnés de leur symbole ; au-dessus de chaque bras ainsi constitué l’artiste a placé un ange agenouillé porteur d’un candélabre. Dans les six autres étagères, trois de chaque côté du dossier, prennent place d’autres saints non identifiables, aucun ne porte d’auréole. L’apôtre Pierre à la chevelure et la barbe chenues, la tête auréolée et ceinte de la tiare, se présente ici dans son rôle de chef suprême de l’église, le livre de l’Ecriture ouvert sur ses genoux; il est vêtu d’une robe rouge carmin recouverte d’une chape verte ornée d’orfrois imitant l’orfèvrerie, il tient dans sa main gauche les clés, symbole du pouvoir papal de lier et de délier, tandis que la droite arbore une haute croix à double traverse.
Le premier regard porté sur cette image typique des représentations d’un saint personnage  » en majesté  » nous entraîne vers les exemples valenciens ou aragonais créés sous les règnes d’Alphonse le Magnanime (1443-1458) et de Ferrante Ier de Naples (1458-1494) : (Jacomart, retable de Saint Martin, Segorbe, Museo Diocesano, vers 1447 ; Reixach, le retable de Sainte Anne, Jativa, Collègiale ; Bartolomé Bermejo, San Domingo de Silos, vers 1474 Prado ou encore le Maître de San Severino, Retable des saints Severino et Sossio, vers 1472, Naples, église éponyme). Ce dernier peintre connu par le seul retable mentionné ci-dessus, se présente comme une personnalité de haut rang qui met en exergue des rapports de style complexes issus de l’art flamand, italien, franco-bourguignon et provençal . C’est un artiste encore anonyme -peut-être le Giovanni di Giusto envoyé en 1469-70 par le roi Ferrante à Bruges pour y parfaire son art , identité proposée par Bologna (cf. F. Bologna, Napoli e le rotte mediterranee della pittura da Alfonso il Magnanimo a Ferdinando il Cattolico, Naples 1977) ou bien ce Costanzo de Moysis qui vint à la cour de Naples avant 1470 en provenance de Ferrare et fut envoyé par le roi Ferrante de 1472 à 1481 à Constantinople à la demande de Mehmet II (cf. F. Sricchia Santoro,  » Pittura a Napoli negli anni di Ferrante e di Alfonso di Calabria, sulle tracce di Costanzo de Moysis e Politto di Donzello  » in Prospettiva, 2015, n°159-160, p. 31-45)
Il faut sans doute rechercher l’auteur du présent panneau dans l’entourage du Maître de San Severino dont le triptyque de l’église napolitaine demeure un jalon interne entre l’art de Colantonio, d’Antonello da Messine et la suite des petits maîtres opérant à Naples vers la huitième décennie du siècle comme Pietro Befulco (documenté de 1471 à 1503) ou Francisco Pagano, actif à la même époque à Naples et à Valence. Le peintre du Saint Pierre reste cependant encore attaché à la tradition plus ancienne du fond d’or quadrillé de motifs gravés et du carrelage coloré rappelant ceux du retable des franciscains de Colantonio (Naples, Galleria Nazionale di Capodimonte). Toutefois comme chez le Maître de San Severino dont il a dû connaître l’oeuvre, il reprend la haute stature et la position hiératique du saint et surtout l’éclairage intense qui sculpte visages et drapés. De même il est sensible à l’ornementation des orfrois de la chape, héritage des modes flamandes. Son originalité réside dans la description du trône d’où il bannit toute référence à l’architecture gothique ou renaissance de son époque. Dans un style plus lâche, moins ferme, il oppose le caractère noble et solennel du saint central aux détails plus naturalistes des saints latéraux en grande conversation créant entre eux une atmosphère  » conviviale  » ; ce côté familier se retrouve chez le Maitre de San Severino lorsqu’il décrit l’Enfant Jésus préférant les cerises de son panier au lait maternel, ou l’agneau grimpant sur la jambe de saint Jean Baptiste.
Cependant le traitement simplifié des draperies (la chape verte du saint étant repeinte) alternant larges coques et aplats pénétrés par une lumière intense, se démarque des modes du Maître de San Severino pour s’approcher plutôt de ceux d’un Befulco ou d’un Pagano (respectivement dans le retable de la chapelle Galeota au Dôme de Naples et dans le Saint Sébastien et sainte Catherine, Rome Palais Barberini ; cf. Bologna, op.cit. 1977, figs.96, 123). Rappelons que Francisco Pagano travaille à la cathédrale de Valence à la demande de l’archevêque Rodrigo Borgia où il exécute entre 1472 et 1476 une fresque de la Nativité (cf. Bologna, op. cit. 1977, fig.122) Cette fresque aurait pu marquer le peintre de notre Saint Pierre si l’on en juge par la corpulence du saint Joseph et la morphologie de son large visage cerné d’un même collier de barbe fournie, traits qui s’apparentent aux mêmes détails dans notre panneau. Il faudrait penser alors que l’auteur de ce Saint Pierre aurait lui aussi rejoint Valence autour de 1475 en provenance de Naples. Ainsi s’expliqueraient les influences napolitaines du Maître de San Severino, celles de Pagano et le choix du pin comme support du Saint Pierre, essence communément utilisée à Valence et plus rarement à Naples.

Sur le Maître de San Severino voir également :
F. Navarro  » Il Maestro di San Severino Noricense  » in La Pittura in Italia, Il Quattrocento, tome II, 1987, p. 460-461, fig. 647, p.694-695 avec bibliographie antérieure
F. BOLOGNA, Il polittico di San Severino, Restauri e recuperi, Exposition, Naples, Capodimonte Décembre 1989-Mars 1990
PL. Leone De Castris in Quattrocento Aragonese, La Pittura a Napoli al tempo di Alfonso e Ferrante d’Aragona, exposition Naples, Castelnuovo, Septembre-novembre 1997 p. 26, 2, cat.13 repr.)