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Lot 85

Vendu : 35 000 €

Joseph Désiré COURT, Louis-Philippe prêtant serment à la Charte devant les Chambres, le 9 août 1830.

Catégorie : Peinture

Joseph Désiré COURT (Rouen 1797 – 1865)
Louis-Philippe prêtant serment à la Charte devant les Chambres, le 9 août 1830.
90 x 118 cm
Sur sa toile et avec son châssis d’origine
signé en bas, à droite : COURT.
Petits accidents
Provenance : Primé en 1830 au Concours pour le décor de la salle des débats de la Chambre des députés, au palais
Bourbon, à Paris
Vente après-décès de Joseph-Désiré Court, 1e partie : Tableaux et études terminées, Paris, Hôtel Drouot, salle 7, 23 février
1866, sous le n° 6 : Louis-Philippe prêtant serment à la chambre des députés, esquisse exécutée pour un concours, 90 x 118 cm.
Avec cette belle esquisse, oeuvre d’un pinceau savant et facile, réapparaît sur le marché une page de l’histoire de France !
Conçue dans une période où les événements se succèdent rapidement, pour répondre à un programme iconographique
bien précis qui vise à établir de manière indiscutable la monarchie constitutionnelle, elle témoigne de la capacité qu’a
Joseph-Désiré Court à brosser de grandes fresques historiques. Elève de Gros à l’Ecole des Beaux-Arts, c’est dans la section
« peinture d’histoire » qu’il obtint le premier Grand Prix de Rome en 1821.
Le mois de juillet 1830 se termine pour la France dans une grande incertitude : après plusieurs jours d’émeutes, dans la
nuit du 30 au 31, le roi Charles X a préféré quitter Paris et se retirer à Rambouillet. Son cousin Louis-Philippe, duc
d’Orléans, acquis aux idées libérales est plus populaire : il est nommé lieutenant général du royaume. Le 3 août, il ouvre
la session des Chambres, convoquées au palais Bourbon, et annonce devant 240 députés et 70 pairs l’abdication de Charles X
et une révision de la Charte. Le 6, la Chambre des députés vote la Charte remaniée par Guizot et le duc de Broglie :
la religion catholique n’est plus religion d’Etat, le drapeau tricolore remplace la cocarde blanche, le pouvoir des Chambres
est renforcé… Le 7, cette charte est adoptée par la Chambre des Pairs et la vacance du trône est proclamée. la Chambre
des députés peut alors, dans l’intérêt universel et puissant du peuple français, appeler au trône S.A.R. Louis-Philippe d’Orléans
général du royaume et ses descendants , à perpétuité, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à l’exclusion perpétuelle des
femmes et de leurs descendants, à la condition qu’il s’engage devant les Chambres à observer la nouvelle Charte. C’est ce
qu’il fait le 9 : après avoir juré de respecter les nouvelles clauses du pouvoir et la nouvelle Charte, le duc d’Orléans prend
le titre de Louis-Philippe, roi des Français.
C’est ce moment qui est représenté : la scène se déroule dans la « salle de bois »du palais Bourbon. Depuis le 31 juillet
1829, l’hémicycle construit dans ce palais sous le Directoire, délabré, n’est plus utilisé et une salle provisoire a été construite
en bois dans le jardin : de forme rectangulaire, à pans coupés aux angles, elle fut utilisée du 27 février 1830 au 21 avril
1832. La séance est publique : la porte d’accès est maintenue ouverte. On y voit Louis-Philippe, ceint de l’écharpe de la
légion d’honneur, prêter serment : En présence de Dieu, je jure d’observer fidèlement la charte constitutionnelle avec les modifications
exprimées dans la déclaration ; de ne gouverner que par les lois ; de faire rendre bonne et exacte justice à chacun
selon son droit et d’agir en toutes choses dans la seule vue de l’intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. Derrière
lui, deux de ses fils manifestent la réalité du principe de l’hérédité de la monarchie constitutionnelle : l’aîné, Ferdinand-
Philippe (1810 – 1842), se tient avec prestance derrière la table et Louis (1814 – 1896), vêtu d’un pantalon rouge, est derrière
son père. Figurent aussi sur la tribune les quatre maréchaux qui portent les insignes de la royauté : MacDonald la
couronne, Oudinot le sceptre, Mortier le glaive et Molitor, la main de justice et sur les marches, probablement les sept
ministres du premier gouvernement. Les députés, qui demandent au roi d’accepter la Charte sont vêtus de noir, certains
arborant la rosette de la légion d’honneur. Les drapeaux tricolores rappellent que Louis-Philippe est aussi l’héritier de la
Révolution française. La famille royale est dans les tribunes : la reine Marie-Amélie et Madame Adélaïde, soeur du roi au
premier rang. Les huissiers de la Chambre, avec leur chaîne et leur épée, s’efforcent de maintenir le calme.
Cette esquisse a été réalisée par Court dans le cadre du concours lancé par Guizot, ministre de l’intérieur, pour le décor du
nouvel hémicycle. Ce chantier, mis en oeuvre par Charles X, et confié à l’architecte Joly est repris par le nouveau gouvernement.
S’il n’est pas question de modifier la structure de cette salle des séances, on adapte l’iconographie du décor à l’actualité.

Trois grands tableaux, face aux députés, devaient leur rappeler les principes fondamentaux du gouvernement :
Louis XVIII octroyant la Charte de 1815, Le sacre de Charles X et un portrait du duc d’Angoulême, héritier du trône. Guizot
revoit ce programme et soumet à Louis-Philippe qui les approuve le 25 septembre 1830 les trois sujets qu’il a retenus : au
centre, au-dessus du bureau du président : Louis-Philippe prêtant serment à la charte constitutionnelle le 9 août 1830, acte qui
clôt dignement la série d’événements à laquelle nous devons nos garanties politiques et fonde la monarchie de juillet et, de part
et d’autre, La séance de l’Assemblée constituante le 23 juin 1789 au moment où Mirabeau répond au maître des cérémonies
(Dreux-Brézé) qui prie l’Assemblée de se séparer : « allez dire à votre Maître que nous sommes ici par ordre du peuple et que
nous n’en sortirons que par la puissance des baïonnettes » rappelant que l’Assemblée tient son pouvoir du peuple ainsi que
Boissy d’Anglas, président de la Convention ationale, saluant la tête du député Féraud, que les révoltés du 1er prairial an III lui
présentait en le menaçant rappelant l’autorité de l’Assemblée face à l’insurrection populaire.
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Si Guizot pense dans un premier temps faire appel à Ingres, Gérard et Delaroche, il doit admettre que des tableaux d’un
intérêt aussi national ne peuvent être proposés par le Gouvernement sans exciter la rivalité des artistes les plus distingués.
Un concours public peut seul prévenir les réclamations et satisfaire l’ambition de tous. Le 30 septembre 1830 Le Moniteur
Universel publie donc un arrêté ouvrant un concours public pour l’éxecution des trois tableaux. Les esquisses, exposées
au public, devaient être soumises à un jury qui établit une première sélection avant que ne soit désigné un lauréat. Celuici
était composé de représentants de l’administration et de membres choisis par les concurrents.
Un fascicule écrit en 1835 par un partisan de Court nous permet de suivre sa participation à ce Salon : Le concours s’ouvrit
sur le premier sujet. La date de clôture, fixée au 1 décembre 1830, laissait peu de temps aux concurrents. Sur les vingt-six
qui se sont présentés, sept furent présélectionnés. Court y parut et eut le bonheur de ne pas l’emporter ! Il y avait cependant
quatre mille francs de plus à gagner sur ce tableau que pour les autres ; mais il y avait de la gloire en moins, et l’argent ne le
compense pas ! Que faire en effet avec les habits noirs de nos députés ? Court avait cependant fait preuve de zèle ; il avait
fourni deux esquisses … dont celle que nous présentons, la deuxième figurant au catalogue de la vente après-décès,
1° partie sous le n° 7 : Même sujet, composition différente de la précédente, 80 x 113 cm. Le refus de les admettre toutes les
deux au concours fut pour [Court] la première manifestation de ces animosités auxquelles il refusait de croire ! Il les reconnut
alors, en rit et persista ! Le lauréat de cette première sélection, Coutan, meurt en 1837 sans avoir achevé le tableau qui est
repris et terminé par Court en 1838. Il est accroché dans la salle des débats du palais Bourbon jusqu’en février 1848. Vint
le tour du second sujet …, Mirabeau, dont l’ esquisse était à remettre pour le 1 février 1831. [Court] fut, comme la première
fois rangé le second, dans le concours, et le nombre de concurrents avait augmenté ! Son esquisse, conservée au musée de
Rouen, a également été acquise à sa vente après-décès de 1866 (toile, 89 x 116,5 cm, signée). Le troisième concours arriva
enfin ! Les partisans du talent de Court virent renaître leurs espérances ! mais l’esquisse du Boissy d’Anglas, à présenter
pour le 1er avril 1831, n’est, à son tour, pas retenue de façon définitive (toile, 89,4 x 117 cm, signée, vente anonyme, Paris,
Hôtel Drouot, Daguerre, 21 mars 2008, n° 90, repr. et n° 3 de la vente du 23 février 1866, acquise par le musée de Rouen).
Court puisa (alors), dans la conviction de son droit méconnu, dans l’assentiment de la voix publique, dans la conscience de
ses forces, une résolution généreuse, dont peu d’artistes eussent été capables ! Il déclarat qu’il en appelait au public ! Il exécuta
donc, à ses risques et périls, le tableau en grand ! Il y avait plus que du courage dans cette résolution ! …
Il expose cette version finie (toile, 492 x 813 cm, Musée des Beaux-Arts de Rouen) au Salon de 1833, puis à Bruxelles et
enfin en province entre 1833 et 1835. Justice lui sera rendue quand, en 1835, Louis-Philippe lui commandera deux oeuvres
pour la Salle de 1830 du Musée historique de Versailles : Le duc d’Orléans signe la proclamation de la lieutenance générale
du royaume, le 31 juillet 1830 (toile, 372 x 536 cm) et Le roi donne les drapeaux à la garde nationale de Paris et de la banlieue,
le 29 août 1838 (toile, 550 x 442 cm).
C’est donc une oeuvre importante dans la carrière de l’artiste que nous présentons. L’équilibre de la composition, les
expressions qu’il a su donner en quelques traits de pinceaux nous font rentrer avec bonheur au coeur de l’hémicycle :
pour la première fois dans l’histoire de la monarchie, la séance est publique !
Le musée de Valenciennes conserve l’esquisse présentée par Félix Auvray, éliminée dès la première sélection (toile,
80,6 x 112,4 cm), le musée Carnavalet, Paris conserve l’esquisse présentée par Ary Scheffer (toile, 90 x 117 cm, signée et
datée 1830), le musée du Louvre, Paris conserve une esquisse qui fut un temps considérée comme une esquisse de Court
mais ne portant plus d’attribution précise aujourd’hui (toile, 78 x 110 cm), une esquisse de François-Joseph Heim est
passée sur le marché de l’art américain dans les années 1960 (toile, 80 x 110 cm).
Bibliographie : Charles Hardy des Alleurs : Boissy d’Anglas, président de la convention nationale saluant la tête de Monsieur
Féraud tableau de Monsieur Court exposé à Rouen (Rouen, 1835)