Lots

Lot 19

Estimation : 8 000-12 000

Hyacinthe Rigaud (1659-1743) et B. Monmorency

Catégorie : Dessin Ancien

Hyacinthe Rigaud (1659-1743) et B. Monmorency
Portrait du peintre Charles de La Fosse (1636-1716)
Pierre noire, plume et encre brune, rehauts de craie et de gouache blanches, traces légères de mise au carreau
par-dessus le dessin, sur papier autrefois bleu.
H. 37 L. 28,5 cm
Inscription manuscrite à la plume et à l’encre brune, due très certainement à Hendrik van Hulst (1684-1754), au bas
de la feuille sous un trait continu noir : Portrait de Mr De La fosse peintre du Roy dessiné par Mr. Rigaud et sur lequel il a // êté gravé par Mr. Drevet.

Historique : exécuté par Rigaud et son atelier (B. Monmorency) après 1691, peut-être entre 1699 et 1704/1705 ; coll. du peintre Noël Hallé (1711-1781) ? ; donné par Geneviève Lorry, veuve de Noël Hallé, à son fils Jean Noël Hallé à l’occasion de son mariage avec Marie Geneviève Marchand ?, 1785 (« du même [Largillierre : erreur du notaire, il s’agit en fait de Rigaud], un superbe dessin encadré, c’est le portrait de M. de la Fosse,
peintre », Paris, Arch. nat., ét. C, liasse 882, contrat de mariage, 7 avril 1785) ; coll. Jacques Hallé ?, 1905 ; coll. part.
Bibliographie : Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud (1659- 1743), Dijon, éditions Faton, 2016, T. II : Le catalogue raisonné, n° DM.190, p. 624 ; Ariane James-Sarazin, « Le dessin d’après le second portrait de Charles de La Fosse par Hyacinthe Rigaud et son atelie », Hyacinthe Rigaud (1659-1743). L’homme et son art – le catalogue raisonné, éditions Faton, [en ligne], mis en ligne le 26 février 2017, URL : http://www.hyacinthe-rigaud.fr/singlepost/ 2017/02/26/Dessin-portrait-Charles-de-La-Fosse-par- Rigaud-et-Monmorency
OEuvres en rapport : voir Ariane James-Sarazin, op. cit., T. II : Le catalogue raisonné, n° P.265, p. 89-90 et n° DM.190, P. 624, mais aussi n° P.38, p. 24-25 et n° D.27, p. 593-594. Nous remercions Madame James-Sarazin d’avoir examiné ce dessin, qu’elle inclut dans son catalogue raisonné, ainsi que de nous avoir communiqué les éléments suivants, dans un courriel daté du 26 février 2017.

On connaît deux portraits du peintre Charles de La Fosse (1636-1716) par Hyacinthe Rigaud : le premier, en buste, est
inscrit dans les livres de comptes de l’artiste en 1682 pour 88 livres et est aujourd’hui conservé en mains privées [op. cit. supra, n°P.38] ; le second, offert par Rigaud à son modèle, le représente jusqu’aux genoux, dans une attitude d’élégante nonchalance, caractéristique de la production du maître, très marqué dans ses années de jeunesse par Van Dyck [op. cit. supra, n°P.265]. Propriété des collections berlinoises, c’est très certainement
cette version « en grand », plus ambitieuse, que Rigaud choisit de présenter au Salon de 1704 parmi vingt-sept autres
de ses oeuvres [op. cit. supra, n°D27]. Réduite au buste et « accommodée de goût » pour l’occasion par Rigaud  » un
dessin à la sanguine garde le souvenir de ses ajustements », la toile de Berlin fournit également matière à l’un des deux
morceaux de réception du graveur Gaspard Duchange (1662- 1757), admis définitivement au sein de l’Académie royale le 30 juillet 1707. S’ajoute désormais à l’histoire de sa diffusion la belle feuille en manière de ricordo que nous avons pu
examiner et que nous avons proposé d’attribuer, compte tenu de son graphisme, à Rigaud et à son collaborateur d’origine hollandaise, B. Monmorency [8] auquel le maître confia, à la disparition de Charles Viennot (1674-1706), le soin de retranscrire certaines de ses toiles par le dessin.

Si le visage, malgré l’oxydation du plomb, et la perruque, rendue de manière extrêmement subtile dans son traitement
souple et différenciée de chaque boucle, voire de chaque cheveu, reviennent sans conteste au maître, on reconnaît la façon tout à fait particulière qu’a Monmorency de charger d’encre brune les sillons creusés dans le tissu de l’ample manteau ou encore de traduire les zones d’impact de la lumière au moyen de filaments ou de morsures rapides de blanc. On admirera le soin apporté par le maître et son collaborateur à révéler les mille et un chatoiements de la soie, au point de rivaliser avec la richesse chromatique de la peinture, et ce d’autant plus lorsque l’on sait que la couleur du manteau, dans la toile de Berlin, est un noir. Un très léger carroyage s’observe ici et là : son tracé qui vient par-dessus le dessin est de nature à accréditer l’hypothèse selon laquelle la feuille aurait été destinée à servir de modèle au graveur Pierre Drevet (1663-1738), comme semble le suggérer l’annotation manuscrite placée au bas.

Ce dessin est inclus sous le numéro DS.1 dans le supplément en ligne du catalogue raisonné de Ariane James-Sarazin,
librement consultable sur le site http//www.hyacinthe-rigaud.fr créé par les éditions Faton