Lots

Lot 9

Estimation : 30 000-40 000

Jacques SABLET (Morges 1749 – 1803 Paris)

Catégorie : Tableau Ancien

Jacques SABLET (Morges 1749- Paris 1803)

Portrait de Mathurin Crucy  (1749 – 1826)

Toile

62 x 50 cm

Provenance : famille du modèle.

 

Exposition et Bibliographie : catalogue de l’exposition « Jardins en France 1760 – 1820 Pays d’illusion, Terres d’expériences », Paris, Hôtel de Sully, 18 mai -11 septembre 1977, Caisse nationale des Monuments Historiques et des Sites, p.106 (le tableau est mentionné comme signé en bas à droite : J Sablet), notice par Anne Van de Standt.

 

Bibliographie en rapport: catalogue de l’exposition « Les frères Sablet (1775-1815) : Peintures, dessins et gravures », Nantes, Rome, Lausanne, ed. Carte Segrete, 1985. Catalogue par Anne Van de Standt.

Mathurin Crucy commence sa formation d’architecte au sein de l’atelier de Jean-Baptiste Ceineray dans sa ville natale, Nantes, et entre par la suite à l’Académie d’architecture à Paris comme élève d’Etienne-Louis Boullée. En 1774, il remporte le « premier prix de l’Académie » – qui deviendra ensuite le Prix de Rome – pour un projet de « Bains publics d’eau minérale ». En 1780, il est nommé architecte-voyer, chargé de la voirie publique de Nantes à la place de son ancien maître, Ceineray, puis en 1809 architecte départemental.

 

Entre 1780 et 1820, la cité des ducs double sa population et sa superficie. Le commerce est florissant et, en pleine croissance économique, la ville devient un vaste chantier. L’architecte donne les plans pour des édifices publics, des places et des nouvelles rues à percer. Citons parmi ses ouvrages, la place Graslin – Crucy puise son inspiration de la place de l’Odéon à Paris – qui abritera le Théâtre Graslin, achevé en 1788. Il s’exerça également à l’édification d’hôtels particuliers de style néo-classique comme l’Hôtel Montaudouin en 1783 (aujourd’hui sur la place du Maréchal-Foch) ou encore le Palais de la Bourse (1790 – 1815) dans lesquels les réminiscences palladiennes sont clairement visibles.

 

La famille Crucy et les deux frères Sablet s’étaient liés d’amitié à Rome à partir des années 1779-1780. Le frère cadet de notre modèle, Louis Crucy, se rendit à Rome où son aîné était pensionnaire de l’Académie de France. Ils se retrouvent à leurs retours respectifs à Nantes.C’est à ce moment-là que Jacques Sablet peignit le « Portrait de Louis Crucy sur les chantiers navals de Paimboeuf » (La Baule, collection privée). Plus tardivement, François Sablet représentera  »Mathurin Crucy dans un intérieur » en 1815 (Nantes, collection familiale des descendants de Mathurin Crucy). L’architecte resta constamment en relations avec les frères Sablet. Jacques Sablet lui accorda des prêts importants pour ses affaires familiales, les chantiers navals, et François le rejoignit à Nantes en 1805. Jacques Sablet meurt quelques années auparavant, en 1803, à Paris.

 

En 1808, Mathurin Crucy propose un plan de phare pyramidal pour la ville de Nantes inspiré de l’expédition de Napoléon Bonaparte en Egypte, mais celui-ci restera à l’état de dessin. Il est à ce titre le seul architecte non parisien retenu dans le corps du texte du « Rapport sur la situation et le progrès des arts en France depuis 1789 » présenté à l’Empereur la même année.

 

Comme tous les artistes de leur temps, Mathurin Crucy et son frère était maçons.

Dans notre tableau apparaissent plusieurs éléments francs-maçons : au premier plan, la colonne et au second, le phare mais aussi le trépied pyramidal sur lequel l’architecte a posé ses documents ou encore les compas au centre et à droite de la composition, ou le trépied. Rappelons que l’élégie Romaine de Jacques Sablet (musée de Brest) est souvent lue par une symbolique maçonnique. L’hémicycle et la série des bustes rappellent des modèles romains, peut-être celui du Casino de Pie IV ou celui du Janicule. La colonne évoque peut-être celle que Crucy projetait d’édifier à Rome, en 1789, pour célébrer les débuts de la Révolution.