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Lot 103

Vendu : 390 000 €

Ecole FRANCAISE vers 1670

Catégorie : Tableau

École FRANÇAISE vers 1670
Nature morte au tapis iranien et coupe de fruits
Toile.
161 x 199 cm
Provenance : Probablement collection des ducs de Choiseul au XVIIIème siècle, resté dans leur descendance jusqu’à ce jour.

Ces deux spectaculaires compositions sont remarquables non seulement dans leur technique mais aussi dans les objets représentés. En effet, les deux tapis qui occupent la plus grande partie de l’espace sont des objets d’un très grand luxe. Ces tapis persans atteignent un tel prix au XVIIe siècle qu’il doit s’agir soit de cadeaux diplomatiques, offerts à quelque puissant personnage d’une cour européenne, probablement française, soit d’une commande d’un riche aristocrate voulant illustrer par là son pouvoir, son influence et son goût dans les arts. L’inventaire des tableaux du Roy rédigé en 1709 et 1710  par Nicolas Bailly mentionne des compositions similaires, mais ces « Tapis de Turquie » qui sont accompagnés de fleurs, fruits, violon et coffret à bijoux, ne peuvent correspondre à nos tableaux. On ne peut pas davantage rapprocher avec certitude nos tapis de ceux répertoriés dans l’Inventaire général du mobilier de la couronne sous Louis XIV. Pourtant, leur existence est avérée par l’exactitude des motifs complexes, impossible à rendre sans modèle. De plus, de telles compositions ne se comprennent qu’en tant que « portraits » de tapis, les autres éléments étant accessoires. Les couleurs éclatantes, dont le bleu puissant est dû au lapis-lazuli, concourent à l’expression de ce luxe. Ils n’étaient pas destinés à recouvrir le sol, mais bien plutôt à orner une table, afin d’être vus dans toute leur splendeur. Cette importance accordée aux objets de prestige se retrouve dans nos compositions, dont l’auteur a soigneusement rendu les différents dessins des tapis, avec une telle exactitude qu’on peut affirmer qu’il n’a pu exécuter ces chefs-d’œuvre que sur le motif. Malgré des recherches approfondies, l’auteur de ces deux « portraits » de tapis, uniques dans leur genre, est encore inconnu, bien qu’il doive se situer dans la lignée de Jean-Michel Picart et de Joseph Yvart, dont deux études de tapis présentent quelques similitudes sans pour autant atteindre à la perfection de nos compositions (toile, 88 x 118 cm et 81 x 105 cm, Paris, musée du Louvre, inv. 4057 et 4056). Les objets d’orfèvrerie ainsi que le bouquet de tulipes et le singe sont peut-être dus à un autre artiste ; le nom de Willem van Aelst, de passage à Paris quelques années, entre 1645 et 1651 peut être mentionné mais situerait nos tableaux à une date plus précoce. L’hypothèse d’un « peintre de tapis », comme il y eut des peintres de fleurs ou d’orfèvrerie, est corroborée par le degré d’excellence du rendu des matières et du dessin. On peut supposer qu’il s’agit d’un artiste proche des Gobelins, comme celui qui collabora avec Henri Testelin dans sa célèbre toile de 1666, Colbert présente les membres de l’Académie royale des sciences à Louis XIV (Versailles, musée du château de Versailles, MV 2074), où un riche et lourd tapis recouvre la table sur laquelle s’accoude Louis XIV.
S’agirait-il de portraits-souvenirs de tapis offerts par la couronne de France à une cour étrangère ? Cela expliquerait qu’ils ne figurent pas dans L’inventaire du mobilier de la couronne sous Louis XIV, ou de compositions en rapport avec le monde ottoman ? En effet, la présence de tulipes, dont le dessin rappelle les faïences d’Iznik, est une référence à la provenance des tapis.