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Lot 19

Vendu : 6 000 €

Ecole du nord de la France vers 1550

Catégorie : Tableau Ancien

Ecole du nord de la France vers 1550
Auguste et la sibylle de Tibur, accompagnés de Sire Fremin Le Clercq
Panneau de chêne, deux planches, renforcé
55 x 43,5 cm
Restaurations anciennes
Dans des phylactères, les inscriptions: « Octavianus Cesare Augustus », « Sibila Tiburtina » et « Sire Fremin Leclercq vaiant en esperance »

Le style de notre panneau dérive de celui des « maniéristes anversois » dans la suite de Jan de Beer, mais son aspect un peu « provincial » le rattache à sa version picarde, dans la suite des artistes itinérants des puys d’Amiens. Le fou à droite, élément le plus étonnant de notre composition, s’apparente au « fou regardant à travers ses doigts » attribué au Maître de 1537 (une version en dépôt au musée des Flandres à Cassel, et d’autres variantes anonymes au Nationalmuseum à Stochkolm, ou au Davis Museum à Wellesley – Massachussetts). La mention d’un Fremin Le Clercq dans les registres des bourgeois d’Arras à la date du 25 octobre 1548, confirme l’origine du nord de la France pour ce panneau.

Le motif de la sibylle de Tibur connaît une grande popularité dans toute l’Europe du 16eme siècle lié à Charles Quint qui s’identifie à un nouvel Auguste. Cette iconographie trouve son origine dans les « Bucoliques » de Virgile qui mentionnent la naissance d’un enfant initiateur d’un âge d’or. « La Légende dorée » de Jacques de Voragine véhicule toujours le thème au XIIIe siècle en l’introduisant dans le récit de la Nativité du Seigneur.
Soucieux de savoir s’il était vrai qu’un nouveau roi, plus puissant que lui, allait naître, l’empereur Auguste consulte la sibylle de Tibur. Une voix dit alors: « Voici la Vierge qui concevra le Sauveur du monde » et la sibylle montre à l’empereur la Vierge apparaissant avec l’enfant Jésus dans une nuée dorée. La sibylle ayant conclu « Haec est ara coeli » (Ceci est l’autel de Dieu), Auguste comprit qu’un être plus grand que lui était né, et ne voulut plus être appelé dieu ni seigneur ». Il fit bâtir un autel sur le lieu de l’apparition. Le texte précise qu’Octavien, à l’approche du jour de la naissance du Christ, fit construire des routes publiques dans l’univers entier et remit toutes les dettes des Romains, insistant sur la rédemption accordée par le Sauveur du monde.
Quant à Fremin Le Clercq, ici en fauconnier, il est pointé par l’un des fous. C’est à lui que s’adressent les propos d’Auguste rapportés par Jacques de Voragine: « L’Humilité du fils de Dieu… a été pour nous un exemple …,et un très puissant remède, capable de soigner l’abcès de notre orgueil », comme il a soigné celui d’ Adam et Eve représentés sous la Vierge. La présence de plusieurs oiseaux peut s’expliquer par la double signification du mot Vogelen en flamand: à la fois « oiseau » et « s’accoupler », laissant supposer une vie aventureuse pour Fremin Le Clercq.