Lots

Lot 81

Estimation : 40 000-60 000

Claude Joseph VERNET (Avignon 1714 – Paris 1789)

Catégorie : Tableau Ancien

Claude Joseph VERNET (Avignon 1714 – Paris 1789)
Pêcheurs près du rivage, dit La source abondante
Toile ovale.
Signée et datée sur le rocher : J. Vernet / f. 1766.
46 x 37,5 cm
Provenance :
– Peut-être vente Mme la présidente de Bandeville, Paris, 3 décembre 1787, n° 65 (avec un pendant 3501 livres à
Desmanes).
– Les deux tableaux réapparaissent le 11 janvier 1793, vente Lebrun, sous le n° 6 (hauteur 17 pouces, largeur 13
et demi, exprimés en toise du Châtelet) : « L’autre offre, sur le devant, une femme, vêtue de rouge, tenant un
panier, tandis qu’un homme retire ses filets d’un torrent. À droite, et sur une élévation, on voit deux pêcheurs,
l’un à la ligne, l’autre tenant un échiquier. Dans le fond et sur un chemin, on aperçoit une voiture couverte. Sur
la gauche sont des rochers élevés, des arbres et une ville au bord de la mer, qui termine le fond du tableau. Ces
deux tableaux, du faire le plus ferme et le plus piquant, ne laissant rien à désirer. Ils sont de forme ovale. »

– Collection du baron van de Werve et de Schilde (1867- 1923), gouverneur de la province d’Anvers, vers 1930.
– Mentionné dans l’inventaire de succession de sa femme en 1952, puis par descendance dans la même collection à
Nantes depuis cette date.

Exposition :
Probablement Salon de 1767, n°39 ; Le goût de Diderot, Montpellier, musée Fabre, octobre 2013 – janvier 2014, et
Lausanne, Fondation de l’Hermitage, février – juin 2014, catalogue p. 349, reproduit p. 353.

Bibliographie :
Florence Ingersoll-Smouse, Joseph Vernet peintre de marine, étude critique et catalogue raisonné, vol. II, Paris
1926, Etienne Bignou, p. 10 n° 818, reproduction de la gravure de Le Bas, pl. LXXXXIV n°208.
Catalogue de l’exposition Diderot et l’art de Boucher à David, Paris, hôtel de la Monnaie, 1984-1985, p. 405-406 (tableau perdu, connu par la gravure de Le Bas).

Au dix-huitième siècle, ce tableau était en pendant avec un autre titré Les occupations du rivage, gravé lui aussi par
Le Bas en 1777 et montrant une groupe de blanchisseuses. Le livret du Salon de 1767 est très laconique concernant
Vernet, puisqu’il indique seulement « plusieurs tableaux sous le même numero ». On doit donc se référer aux
descriptions de Diderot pour les identifier. Tiré de son texte sur le Salon de 1767, le passage La Promenade
Vernet est considéré comme une des oeuvres majeures de l’écrivain. Il y décrit un voyage dans sept sites différents
avec un ami abbé, qui sont autant de rêveries que lui inspirent les toiles du paysagiste.
A propos de notre tableau, Diderot écrit : « Le bas de cette montagne nous etoit dérobé par la masse interposée d’un
rocher. Le pié de ce rocher s’etendoit en s’abaissant et en se relevant et separoit en deux la profondeur de la scène. Tout a fait vers la droite sur une saillie de ce rocher, j’observai deux figures que l’art n’auroit pas mieux placées pour
l’effet. C’etoient deux pescheurs. L’un assis et les jambes pendantes vers le bas du rocher tenoit sa ligne qu’il avoit
jettée dans des eaux qui baignoient cet endroit. L’autre, les épaules chargées de son filet, et courbé vers le premier
s’entretenoit avec lui. Sur l’espèce de chaussée rocailleuse que le pié du rocher formoit en se prolongeant; dans un
lieu ou cette chaussée s’inclinoit vers le fond, une voiture couverte et conduite par un paysan descendoit vers un
village situé au dessous de cette chaussée. C’etoit encore un incident que l’art auroit suggéré. Mes regards rasant la
crête de cette langue de rocaille, rencontroient le sommet des maisons du village, et alloient s’enfoncer et se perdre
dans une campagne qui confinoit avec le ciel. Quel est celui de vos artistes, me disoit mon Cicerone, qui eut imaginé
de rompre la continuité de cette chaussée rocailleuse par cette touffe d’arbres? Vernet, peut être … Eh bien, dis je
a mon cicérone, allez vous en au Sallon, et vous verrez qu’une imagination féconde, aidée d’une étude profonde
de la nature a inspiré a un de nos artistes précisément ces rochers, cette cascade et ce coin de paysage… Et peut être
avec ce gros quartier de roche brute, et le pescheur assis qui relevé son filet, et les instruments de son métier épars
a terre autour de lui, et sa femme debout, et cette femme vue par le dos… »

On connaît d’autres versions de cette composition (marché de l’art parisien en 1988 et 2008, une copie dans
l’ancienne collection Youssoupoff à Saint-Pétersbourg puis en collection privée suisse).