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Lot 188

Sold: 9,500 €

Pierre-Louis Moreau de MAUPERTUIS (1698-1759) mathématicien, physicien, astronome, voyageur et philosophe.

Category: Archives, authographes

Pierre-Louis Moreau de MAUPERTUIS (1698-1759) mathématicien, physicien, astronome, voyageur et philosophe.
L.S. avec corrections autographes, Pello 6 avril 1737, [à Émilie DU CHÂTELET] ; 6 pages in-4 (grand portrait gravé joint).
LONGUE ET SPIRITUELLE LETTRE À MADAME DU CHÂTELET, PENDANT SON EXPÉDITION SCIENTIFIQUE EN LAPONIE POUR MESURER LA LONGUEUR D’UN ARC POLAIRE.
Il répond sur une note enjouée à sa lettre pleine d’esprit : il tâchera de faire ses commissions, ” quoique je ne sçache pas bien encor si ce n’est pas pour vous mocquer de moi que vous me demandez des cartes à jouer des païs du Nord, un volume in-12 de poesies Danoises et de jolies choses de Lapponie “. Il n’a guère eu le tems de jouer quadrille à Stockholm, les cartes sont rares à Torneá ; quant au voume des poésies danoises, ” il n’y en a jamais eu, il n’y en aura peut-être jamais et s’il y en a, Dieu vous garde de le lire. Passons aux curiositez de Lapponie ; il y a peut-etre de très belles choses dans le genre que vous me demandez, de petrifications de coquilles &c mais comme elles sont couvertes de quelques aûnes de neiges, il n’est pas plus aisé de les trouver que si elles etoient au fonds de la mer : je vous dirai comme le Doge de Genes, ce qu’il y a de plus curieux dans ce païs ci, c’est de m’y voir. Les habillemens et tout ce qui sert aux Lappons est trop vilain pour vous en porter et seroit capable d’infecter votre cabinet, je pourrai cependant l’enrichir à mon retour d’une paire de souliers de huit pieds de long pour vous apprendre à douter que les culottes des Finnois descendent jusque dans leurs souliers. […] l’imagination sûrement n’a rien à produire ici pour y trouver d’étranges choses ; si je vous avois dit, Madame, que l’été passé ma tente fut dressée sur une paire de souliers vous ne l’auriez pas crû, vous le croirez lorsque vous les verrez “…
Il parle de Pello, ” un des derniers villages du monde du côté du Nord à une trentaine de lieues de Torneá, […] et Torneá est une ville qui consiste en 50 ou 60 maisons ou cabanes de bois “. Les températures y sont très basses : ” je ne sens maintenant non plus le froid qu’un Lappon “. Les Lappons couchent sous des tentes, sur la terre, ” sans autre matelas que la neige “, et il lui semble qu’il ferait bien autant, les corps étant plus dociles que les esprits : ” si je pouvois chasser du mien les chimeres des païs meridionaux, je pourrois être le plus heureux Lappon du monde “… Il décrit l’affluence des Lappons de retour des foires de Torneá, et leurs attelages de rennes qui traînent dans de petits bateaux leurs marchandises, des peux de rennes et ” des poissons gelez qu’on peut manger 8 mois après qu’ils ont été peschez au Cap Nord aussi frais que le premier jour “… Le Lapons ont été ” aussi surpris de voir nos figures que nous les leurs, ils ont bien de la peine à deviner ce que c’est qu’un grand instrument que nous allons toujours portant avec nous, auquel nous bâtissons des temples sur les montagnes, où quelqu’un de nous veille toujours auprès de lui chaque nuit, auquel nous n’osons presque toucher et duquel nous n’approchons qu’en tremblant et souvent à genoux ; tout ce que pensent sur cela les plus sensez, c’est que c’est quelque divinité que nous adorons, mais pour les esprits forts ils nous croient des foux et nous avons rapporté ici ce dernier voyage encore cette divinité qui est notre secteur, nous l’avons reporté sur Kittis dans un observatoire que nous y bâtimes l’automne passé : c’est sur le sommet d’un mont glacé dans la cabane la plus mal fermée que nous passons des nuits dans la glace et dans la neige dont le recit feroit trembler à Paris pendant que nos voisins nous regardent comme les gens les plus voluptueux et qui cherchent le plus leurs commoditez “… Les Lapons ne font guère plus de cas de la musique des Français que de leur astronomie, et la guitare de Maupertuis n’a point réussi avec eux ; la musique des Lapons lui a paru étrange, et si l’auteur de la chanson qu’ils chantent à toute heure ” a voulu exprimer le jappement d’un chien leur musique est plus expressive que tous les recitatifs de Lully et de Destouches “. Les Lapons entrent partout sans se faire annoncer, ” une autre fois nous examinerons si vous voulez, lesquels d’eux ou de nous, sont les plus raisonnables ; mais il faut que j’y pense auparavant, car je n’en sçais encor rien “…Puisqu’elle a attaqué sa sincérité, il ne lui raconte que des choses communes et non les ” mille choses incroyables à ceux mêmes qui les ont vües “. Il lui adresse des vers (un dixain) : ” J’avois perdu Christine dans la neige “…Il termine en chargeant son amie de salutations pour leurs amis M. de SAINT-HYACINTHE et Madame (” j’ai pour elle presque autant d’aversion que pour vous “), le comte de VERTILLAC, ” M. notre Gouverneur ” [Du Châtelet, gouverneur de Semur-en-Auxois], et M. de BURIGNY, ” pour qui j’ai bien de l’estime et de l’amitié “…