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Lot 224

Sold: 6,200 €

Joë BOUSQUET (1897-1950) écrivain. MANUSCRIT autographe signé, Le passeur s’est endormi, 1938 ; 126 pages in-4 en 18 cahiers agrafés (manque marginal au dernier feuillet sans perte de texte).

Category: Archives, authographes

Joë BOUSQUET (1897-1950) écrivain. MANUSCRIT autographe signé, Le passeur s’est endormi, 1938 ; 126 pages in-4 en 18 cahiers agrafés (manque marginal au dernier feuillet sans perte de texte).
MANUSCRIT CORRIGÉ du Prologue et de la Première partie (sur quatre) de ce ROMAN EN GRANDE PARTIE AUTOBIOGRAPHIQUE : il comporte 18 chapitres et correspond à plus du tiers du livre paru aux Éditions Denoël en 1939. Citons le début, où l’expérience de la blessure et de la paralysie de Bousquet est prêtée au narrateur :
” La profondeur de ses regards la faisait paraître pâle, mais pâle comme le jour.
Elle était trop belle pour être vue, mais à la façon dont une enfant est trop méchante pour se faire aimer.
Je l’ai connue et je l’attends encore.
Blessé mortellement à vingt ans, j’ai survécu comme si j’avais blessé la mort. J’ai formé ma pensée dans les sueurs dont mon agonie n’avait pas voulu.
Mon être véritable me chassait devant lui. Dans la pensée que je vivais encore, il n’y avait que ma vie comme si mon dernier souffle avait pris la place de mon esprit “…
Le manuscrit, d’abord soigneusement mis au net, avec en tête la liste d’ouvrages ” du même auteur “, a ensuite été revu et corrigé : corrections tantôt mineures, tantôt plus importantes (réécriture de pages entières), et de nombreuses suppressions. La très grande majorité des modifications ont laissé lisibles les rédactions antérieures. On lit, par exemple, dans le chapitre liminaire qui décrit l’éveil affectif du grand blessé : ” il y eut un jour tout le mystère d’une vie dont je ne voyais pas le fond, [rayé : et qui, se poursuivant dans un milieu inconcevable à mon cœur, semblait, du sentiment le plus haut de tous, et le plus propre à m’élever au-dessus des hommes, me faire une prison étroite et très froide comme la mort] “… À partir du chapitre 3 du Prologue, et jusqu’au chapitre 3 de la Première partie, on relève aussi des annotations au crayon d’une autre main, notamment des jugements : ” de trop “, ” mauvais “, ” exagéré ” ” B mais compliqué “… Bousquet ne semble pas avoir fait grand cas de ces interrogations et jugements négatifs, car s’il a supprimé du livre le texte jugé ” exagéré ” (p. 35), il a gardé les autres passages tels quels, comme celui-ci marqué ” mauvais ” : ” Son visage était la clarté d’un monde si grand que la pitié seule aurait su m’y trouver. Je ne pouvais sans rire de moi m’attrister de la trouver belle ” (p. 39)…