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Lot 94

Sold: 2,500 €

Giacomo MEYERBEER (1791-1864) compositeur. L.A.S., Berlin 28 juillet 1828, à Germain DELAVIGNE ; 4 pages in-4 (trace d’onglet ; portrait lithographié joint).

Category: Archives, authographes

Giacomo MEYERBEER (1791-1864) compositeur. L.A.S., Berlin 28 juillet 1828, à Germain DELAVIGNE ; 4 pages in-4 (trace d’onglet ; portrait lithographié joint).
TRÈS BELLE ET LONGUE LETTRE À UN DES LIBRETTISTES DE ROBERT LE DIABLE (qui sera créé à l’Opéra le 21 novembre 1831).
Il explique son long silence et les motifs qui l’ont empêché de venir à Paris comme il l’avait promis à SCRIBE : ” Mais tant de souffrances morales et physiques m’ont accablé depuis alors, que j’ai droit à l’indulgence et à l’excuse de mes amis […] Eh ! Puis vous l’avouerais-je ? Il me repugnait de vous écrire avant de pouvoir vous annoncer que la partition de notre Robert [Robert le Diable] était terminée, et mes maladies et mes chagrins en ont retardé la fin, 4 mois au dela de l’époque pour laquelle je l’avois annoncé à M. SCRIBE […] Le premier et le plus grand de ces chagrins, c’étoit la perte de mon enfant, que ma femme avait mis au monde l’automne passé, & que nous idolatrions. C’étoit pour la premiere fois de ma vie que j’apprenois à connaitre cette inexprimable joie d’être père. Eh bien ! le ciel m’a ravi cette charmante créature après 4 mois d’une existence, dont la moitié étoit remplie par une maladie extrêmement douloureuse. Pendant six semaines je passois jour & nuit auprès du lit de ce petit ange, pour l’entourer de mes soins jusqu’au moment de sa mort “… Sa santé ne résista pas à ce choc et une violente maladie le retint alité deux mois. Après une rechute de six semaines, le voilà presque rétabli. Il s’apprête à partir pour une cure d’eaux thermales à Spa, d’où il viendra à Paris…
Ils pourront alors terminer ensemble leur travail : ” La partition de notre Robert est fini depuis quelque temps, c’est-à-dire fini autant que cela étoit possible loin de vous & de M. Scribe. Il m’auroit fallu souvent de petits changements & d’arrangements, qui pour la plupart auraient été pour vous l’affaire d’un rien (p.e. d’ajouter ou d’oter des vers, d’allonger ou de racourcir des rythmes &c &c) […] Si nous nous mettons donc à la besogne bientôt après mon arrivée à Paris, c.a.d. vers la fin d’Octobre, le tout peut être largement fini à la fin de Novembre. Je puis donc non seulement vous promettre de livrer (entièrement terminé) la partition à cette époque, mais je vous autorise aussi à le déclarer en mon nom à la Direction du Théâtre Faydeau, si bon vous semble. – Je sais bien du reste que mon retard vous occasionne un dommage réel, car le succès de Robert comme pièce, étant très probable, c’est de l’argent comptant que je vous fais perdre, en livrant la partition six mois plus tard que je l’avois promis “… Il se propose de le dédommager en partie, en persuadant Scribe d’accepter les offres qu’il avait refusées l’année passée : ” Vous pouvez tous deux les agréer en bonne conscience cette fois-ci “… Il a reçu une lettre du directeur de Feydeau, M. de GIMEL, qui le presse de rendre sa partition au plus vite, mais il lit dans les journaux ” tant de bruits contradictoires sur les destinées futures de Faydeau […] Sauriez-vous me dire p.e. si tous les bons chanteurs de ce théâtre resteront dans la nouvelle administration, ou s’ils se disperseront ? Si l’orchestre et les choeurs qui auraient même à présent besoin d’être renforcés, ne seront pas rétrécis ? Et si par malheur cela adviendrait comme cela, est ce qu’il ne vaudrait pas peut-être mieux dans ce cas d’arranger Robert pour le grand opéra “… En attendant, il a signifié à M. de Gimel qu’il ne pouvait s’engager sans l’avis des autres auteurs… Il termine en priant Germain de saluer son ” illustre frère, le grand Casimir ” ; son propre frère Michel a remporté un grand succès avec sa nouvelle tragédie Struensée…