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Lot 63

Sold: 1,800 €

François-Adrien BOIELDIEU (1775-1834) compositeur. L.A.S., Paris 9 janvier 1826, à Édouard BOILLY ” pensionnaire de l’École de France à Rome ” ; 3 pages et quart in-4, adresse (petite déchirure par bris de cachet).

Category: Archives, authographes

François-Adrien BOIELDIEU (1775-1834) compositeur. L.A.S., Paris 9 janvier 1826, à Édouard BOILLY ” pensionnaire de l’École de France à Rome ” ; 3 pages et quart in-4, adresse (petite déchirure par bris de cachet).
TRÈS BELLE LETTRE À SON ÉLÈVE SUR LE SUCCÈS DE LA DAME BLANCHE (créée le 10 décembre 1825 à l’Opéra-Comique) ET SUR ROSSINI.
Il le remercie de ses félicitations : ” Votre lettre me prouve que vous êtes heureux de mon succès, et que votre joie est partagée par vos chers camarades […] Jouissez donc mes bons amis car jamais succès n’a eu plus d’éclat. Est-ce pour mon ouvrage ? Est-ce pour moi ? Est-ce esprit national ? Je n’en sais rien, mais ce qu’il y a de certain c’est que jamais je n’ai reçu autant de preuves de bienveillance de la cour, autant d’embrassades d’artistes et autant de félicitations de la part de gens du monde… monde que je ne vois plus et avec lequel je croyais n’avoir plus rien de commun. – Après avoir reçu deux ou trois cent lettres de remercimens au nom de l’école française que l’on prétend que je viens de venger, voilà les lettres de l’étranger qui commencent à arriver. On me remercie de Vienne et de Berlin de ce que j’ai tenu tête à l’oppresseur musical, et l’on me félicite de l’avoir combattu en présence. Mais ce qui va vous étonner bien plus c’est que je reçois des remercimens et des félicitations des dilettanti, et des chanteurs de notre opera buffe… Encore hier la PASTA ZUCHELLY RUBINI m’embrassaient et me félicitaient en entendant ma nouvelle musique que nous répétions, ROSSINI tenant le piano, pour un concert qui a lieu ce jour chez le ministre de la maison du Roi. Rossini lui-même mêlait sa voix à cette réunion de suffrages, et chose qui n’est jamais étonnante de la part d’un grand talent c’est que je crois véritablement que mon succès me l’a attaché davantage. Il y a pris une part très vive : il savait depuis longtemps combien je suis son admirateur, peut-être a-t-il été bien aise de me rendre une petite partie des applaudissemens que je n’ai cessé de donner à ses plus belles inspirations. Le fait est qu’il a été à la Dame Blanche, qu’il a beaucoup applaudi, et qu’il ne cesse d’en faire l’éloge plus aux autres qu’à moi. Nous nous voyons souvent, nous logeons dans la même maison. Nous rions ensemble de quelques exagérations, des comparaisons ridicules, et surtout de l’inconstance de certaines gens en fait de musique “. Il accepte volontiers tous ces compliments, car ” bien franchement la main sur la conscience, je crois que c’est mieux que tout ce que j’ai fait et je voudrais bien que vous l’entendissiez… Et peut-être jouera-t-on cet ouvrage à Vienne quand vous y serez ; car on le demande pour le traduire en allemand. Rossini veut aussi que je le fasse traduire en italien “, et il évoque une distribution par des chanteurs italiens… ” Si en Italie on pouvait revenir sur ce préjugé que les italiens seuls peuvent faire de la musique, je ne serais pas fâché que ma Dame Blanche y fût entendue ” Il prie Boilly d’essayer d’intervenir auprès du directeur de Naples. ” Si jamais musique française a été favorable à des chanteurs c’est celle là je crois. Je ne veux pas dire pour cela qu’elle soit meilleure que telle ou telle autre dieu m’en garde, mais elle peut faire briller des chanteurs… Les morceaux d’ensemble, les finals de 1er et 2e acte, les deux trios et airs qui s’y trouvent sont du genre voulu aujourd’hui sans être une imitation de Rossini, et c’est cela qui m’a valu tant de suffrages “…
Puis il évoque le concours de l’Institut, auquel Boilly s’est présenté, et son ” excellent Te Deum “. Il s’est à ce propos brouillé avec LESUEUR qui a fait preuve de partialité et d’injustice comme ” rapporteur des ouvrages envoyés de Rome. Il a donc dans son rapport fait votre part faible pour grossir celle de ses élèves “. Boieldieu veillera à ce que ce rapport ne nuise pas à Boilly : ” Mais je vous le dis encore ce diable d’homme est l’homme par excellence, parmi ceux de nos collègues qui vivent sur d’anciennes réputations et il y en a beaucoup à notre académie. C’est ce qui m’a fait prendre la résolution de renoncer aux concours pour mes élèves “… Il termine en lui donnant les résultats au concours de ses camarades…